De temps en temps, il m’arrive de quitter les registres poitevins pour me diriger vers ceux de la Bourgogne et à chacun de ces « voyages » je t’ai cherché en vain… Mais où donc pouvais-tu te cacher ?

Un ami généalogiste m’a proposé son aide et il t’a trouvé ! Enfin j’allais pouvoir en savoir plus sur toi. Toi qui ne fait pas partie de mes ancêtres mais de ceux de ma fille … Son 3 x arrière grand-père.

Tout a commencé avec ton acte de mariage qui nous a permis de remonter jusqu’à celui de ta naissance, à Romans dans la Drôme. Et là … Une découverte, presqu’un choc … Cet acte n’est pas celui de ta naissance mais un procès-verbal d’enfant abandonné.

Archives Communales Romans – naissance 1842 vue 75/216 :

« L’an Mil huit cent quarante deux, le vingt trois du mois de mai à trois heures après midi, par devant nous Julhier Charles François Bonaventure, maire officier de l’état civil de la ville de Romans, canton du même nom département de la Drôme, est comparu en la mairie sieur Vernet François, âgé de 41 ans, employé à l’hospice de la charité de cette ville, y domicilié, lequel nous a déclaré que le jour d’hier à neuf heures du soir, étant seul il a trouvé dans le tour du dit hospice un enfant tel qu’il nous le présente ayant pour vêtements deux drapeaux en toile, un maillot en gros coton blanc, une bande en cordail blanc et deux bonnets, un en coton blanc, l’autre en indienne rayée de plusieurs couleurs ayant un tul noir. Nous avons visité l’enfant et avons reconnu qu’il était de sexe masculin paraissant âgé de trois jours, que son corps ne présentait aucun signe particulier apparant, nous avons trouvé dans ses vêtements un écrit portant : Messieurs, l’enfant est né le 20 de mai mil huit cent quarante deux, enregistré le vingt un, mis au tour le vingt deux, il se nomme Auguste Emile. De suite nous avons inscrit l’enfant sous le nom de MONTDOR et le prénom de Félix et nous avons ordonné qu’il fut remis à l’hospice de la charité de cette ville pour y être élevé en exécution du décret du dix neuf janvier mil huit cent onze. De tout quoi nous avons dressé le présent procès verbal en présence des sieurs Vincent joseph André Melchior, âgé de 48 ans et Chevalier Felix âgé de 24 ans propriétaire, domicilié à Romans et après qu’il a été fait lecture au déclarant et aux témoins du présent procès verbal, ils l’ont tous signé avec nous. »

Un choc parce que le cœur d’une maman ne peut rester insensible à la lecture de ce genre d’écrits. Mon imagination s’est mise alors à naviguer, et je t’ai vu. J’ai vu ce bébé de 3 jours, emmailloté, et laissé là… Par qui ? Son père ? Sa mère ? Une autre personne ? …

Mes pensées se sont ensuite attardées sur des détails et notamment sur ta vêture. Deux drapeaux en toile, une bande en cordail, deux bonnets dont 1 en indienne … Des termes inusités de nos jours, et qui m’ont poussée à en savoir davantage. Quelques recherches et je me retrouve sur un site extraordinaire, « Les Petites Mains » qui m’apporte toutes les réponses à mes questions.

J’y apprends que tes drapeaux sont des chiffons, lambeaux de draps dont la fonction est d’absorber la transpiration ou les déjections. Ils sont placés dans les plis du corps du nourrisson et sont maintenus par de larges bandes de toile. Qu’ils sont faits avec des draps usés afin qu’ils soient moins « rudes ».

layette

J’y apprends aussi l’usage du linge de cordillat, du maillot qui enserre le bébé des pieds à la tête jusqu’à l’âge de 4 à 6 semaines, les bras le long du corps et les jambes proches l’une de l’autre et toutes les techniques pour bien emmailloter.  bonnet-en-indienne

Et enfin que l’indienne est une cotonnade « peinte » et imprimée.

 

J’essaie de recentrer mes pensées sur le procès-verbal de ton abandon et là un mot, un tout petit mot m’interpelle « (…) il a trouvé dans le tour du dit hospice (…) » Le tour ? Pourquoi pas la tour ? Décidemment cet acte est une première pour moi et tu ne me facilites vraiment pas les choses. Je repars en quête d’informations… Là encore, un site, « romans-patrimoine« , me donnera toutes les réponses. tour-dabandon

Ce tour, est le tour d’abandon … Il s’agit d’un guichet tournant installé dans la façade des hospices. Ce dispositif permet aux parents de déposer leur enfant dans l’anonymat et en toute sécurité. Ils laissent parfois dans les langes des nouveau-nés des signes de reconnaissance gardant l’espoir de leur identification, voire d’une future restitution. Le décret impérial du 19 janvier 1811 officialise l’usage du Tour d’abandon. A Romans, c’est un arrêté préfectoral du 2 avril 1819 qui donne l’ordre de construire ce « tour »….

Je comprends l’utilité de ce tour devant l’augmentation des abandons d’enfants due notamment à une misère des classes dites populaires mais aussi à la « libéralisation » des mœurs,  mais malgré tout, juste de l’imaginer il me glace le sang …

Le tour d’abandon de l’Hospice de Romans, celui là même ou tu as été abandonné sera supprimé en juin 1845…

Je n’en apprendrais guère plus sur toi, si ce n’est qu’il est noté sur les registres des enfants abandonnés de Romans que tu as été « mis » en 1855 chez François Ezingeard à Chalon. Je retiens cependant que sur ce procès-verbal il est dit que tu es né le 20, enregistré le 21 et abandonné le 22. Enregistré ? Ta naissance a t’elle été déclarée dans une mairie ? … Peut-être mais où ?

Je vais retourner vers mon Poitou d’origine mais lors de mon prochain « voyage » en Bourgogne, je fais la promesse de vérifier sur tous les registres des communes environnantes de Romans. Et qui sait ? …

 

Je remercie sincèrement Arnaud pour son aide précieuse dans cette recherche mais aussi pour me motiver à parfois voyager du côté de la Bourgogne  😉

 

Sources :

Images :

Tour d’abandon : chapellerabelais.pagesperso

Images layette : Les Petites Mains

Image « petits pieds » : Ann Geddes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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