Tout a commencé avec cinq petits mots à peine lisibles sur un acte de mariage. Cinq petits mots qui t’ont surprise, que tu n’avais jamais vus auparavant, dont tu n’as pas compris tout de suite la signification. Cinq mots, Nat, qui t’ont in fine menée jusqu’à moi après de longues et surprenantes recherches.

Tout a commencé à la lecture de l’acte de mariage de Jean JOUYNEAU avec Marguerite ESGRON, tes ancêtres à la 10ème génération. Nous sommes le 6 juin 1731 à La Chapelle Saint Laurent (79) et outre les jeunes époux, sont présents Jeanne, Philippe et René ROY, la mère et les oncles de Jean; Pierre et Jacques ESGRON les frère et oncle de Marguerite. Les pères de nos protagonistes, Jean JOUYNEAU et Jean ESGRON étant décédés, le mariage se fait avec les consentements dudit Jacques ESGRON curateur de ladite demoiselle, et celui de Mathurin JOUYNEAU pour notre jeune homme.

Ce bon curé de La Chapelle Saint Laurent précise à ce sujet : « … consentement de monsieur Mathurin Jouyneau notaire et greffier tenant le germain sur l’époux… ». Et voilà ces cinq petits mots !

Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Tu connais bien sûr l’étymologie de germain (du même germe) et tu te doutes que c’est un lien de parenté, mais lequel ? Tu cherches dans différents dictionnaires, tu demandes de l’aide ici et là à d’autres curieux et chercheurs comme toi, et finalement on te dit qu’il s’agit d’un « oncle à la mode de Bretagne » ou plus clairement un cousin germain du père ou de la mère (de l’époux). Une bonne nouvelle qui, tu l’espères, va te permettre de connaître enfin l’ascendance du père de Jean JOUYNEAU.

Tes investigations dans plusieurs ouvrages de ta bibliothèque et dans les archives départementales contribuent à développer notablement cette branche de ton arbre, excepté pour les grands-parents de ton jeune marié dont l’identité te reste encore inconnue.

Alors tu te mets en tête de reconstituer la descendance de Mathurin JOUYNEAU, peut-être ainsi trouveras-tu un indice te mettant sur la voie…

Tu déniches ses deux épouses, ses six enfants dont trois décèdent rapidement et toujours rien, aucune information utile à ta recherche. Comme toujours, tu t’entêtes et continues avec la génération des petits-enfants. Et là, subitement, retrouver coûte que coûte ce couple passe légèrement au second plan… Une rencontre, de celles que tu aimes tant, complètement inattendue te dévie de ta quête initiale.

La rencontre avec un petit-fils de Mathurin, fils de François-Alexis et de Marie Jeanne Marguerite GENTILZ, né le 24 septembre 1736 au bourg de La Chapelle Saint Laurent. La rencontre avec ce petit garçon, vivant dès sa onzième année dans ce « grand-logis », la plus ancienne maison de la ville située rue du grand marché. Ce petit garçon qui, très jeune, quitte sa famille pour aller étudier à Poitiers (86) où son oncle Pierre GENTILZ est professeur à la faculté de droit. C’est ce petit garçon, cet homme, nommé René-Alexis JOUYNEAU des LOGES qui aujourd’hui raconte cette histoire à ta place.

Je suis issu d’une famille de notaires, tous de La Chapelle Saint Laurent. Le nom de « des LOGES » que je porte toujours accolé à celui de JOUYNEAU existe dans la famille depuis trois générations; c’est celui d’une métairie que ma grand-mère, Marie Marguerite THOURAINE, apporta en dot lors de son mariage avec mon grand-père Mathurin dont je parlais précédemment. Les traditions familiales m’ont donc dirigé vers des études juridiques et c’est en 1755 que je deviens « licencié es lois ». Mais je n’ai aucune envie de prendre la suite de mon père, et comme je suis curieux de tout, je tente l’expérience d’une carrière dans l’administration des finances à La Rochelle de 1756 à 1760.

Cet emploi ne me satisfait pas vraiment et finalement je réussis en 1761 à me faire nommer secrétaire des commandements du marquis de NARBONNE-PELET, lieutenant général des armées du roi en Aunis, Poitou et Saintonge. Un poste qui me laisse de nombreux temps de loisirs et qui me permet de débuter une carrière littéraire comme, par exemple, rédiger quelques articles pour les Affiches de La Rochelle. Mes papiers sont publiés sous différents noms, « Un ami des hommes », « Chapel de St Laur » ou « Rajoudesp » (pour René Alexis Jouyneau-des-Loges Poitevin) et fort de cet encouragement et du bon accueil du public, je décide de rentrer à Poitiers en 1772 pour y mener ce qui sera le grand projet de ma vie : la création des Affiches du Poitou.

La publication de « mes » Affiches du Poitou débute en 1773 et, de fait, on me nomme « le 1er journaliste du Poitou ».

Mon journal est un hebdomadaire de quatre pages, distribué le jeudi, imprimé sur deux colonnes et richement décoré, dont je souhaite faire bien plus qu’une feuille d’annonces en y publiant « tout ce qui peut être avantageux ou agréable à ses habitants, tout ce qui peut les éclairer, les servir et les honorer… » et j’espère dès lors qu’un jour « ces pages pourront servir de mémoires pour une histoire particulière de cette province ». 

Gallica- Affiches du Poitou (cliquer sur l’image)

Le succès des Affiches du Poitou m’ouvre alors de nombreuses autres portes et m’offre des expériences riches et inédites : en 1776, je deviens avocat du duc de Chartres, gouverneur de la province du Poitou. En 1778, je suis nommé inspecteur de la librairie, ce qui consiste à surveiller tout ce qui s’imprime et se vend en librairie sur le territoire de la chambre syndicale de Poitiers.

Las des critiques émanant de certains cercles de la société poitevine, je décide de cesser mon activité de journaliste et je quitte les Affiches en 1781. Le dernier numéro est distribué le 31 décembre de cette année-là. Neuf ans de ma vie…

Mais mon activité professionnelle ne s’arrête pas là : j’officie tour à tour comme chef de bureau à l’intendance du Poitou, président de la société des amis de la constitution, juge suppléant près du tribunal de la Vienne, puis administrateur de la ville de Poitiers pour laquelle je suis élu à trois reprises comme conseiller municipal.

Je me marie à l’âge de 61 ans avec Françoise Marie BELLIER , et après une vie ma foi plutôt bien remplie je quitte ce monde le 30 septembre 1816 à Poitiers, dans ma maison rue des Vieilles Boucheries.

Je me plais à regarder les gens d’aujourd’hui, tes contemporains, et toi, Nat, lire mes Affiches pour en connaître davantage sur des ancêtres; les consulter comme le miroir de ce qu’était la société de la fin du XVIIIème en Poitou. C’est peut-être là ma plus grande fierté et je sais que dorénavant à chacune de tes recherches dans la presse ancienne, tu penseras à cette petite feuille de ton arbre familial portant le nom de René-Alexis JOUYNEAU des LOGES.

 

Sources :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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