J’aime faire dérouler votre vie, retrouver les traces de votre existence, les traces de votre histoire… Ces traces infimes, enfouies, tapies; ces traces comme des petits cailloux semés derrière votre passage et en attente d’être découverts les uns après les autres, comme un chemin à dévoiler …

Souvent ces traces me conduisent vers une vie dédiée à la terre, une vie de labeur, une vie marquée de petits bonheurs mais aussi souvent de malheurs. Des traces qui me guident donc vers vous, qui faites partie de ma famille et de mon histoire, sont comme la fève de mon arbre, sont ces petits riens qui vous donnent vie, qui vous rendent « réels », qui créent des liens entre vous et moi, qui nous rassemblent. Ces traces qui vous permettent de ne pas rester des anonymes.

Et ces traces m’ont conduite vers toi, André.

Tu pousses ton premier cri en février 1656 à Saint Aubin le Cloud (79), 7ème et dernier enfant de Marc ROBIN et Jacquette MIDY, tu es mon ancêtre à la 10ème génération. Ce que je vais apprendre de toi, de ton existence, des évènements qui la parsèment vont me bouleverser mais aussi attiser ma curiosité.

Je te redécouvre en février 1686 marié à Jacquette CHOUAUX qui vient de donner naissance à ton premier enfant, Louis. Mais ton épouse ne survit pas à cet accouchement et elle te quitte 2 jours plus tard, le 17.

Je sais bien que je réagis avec ma sensibilité, mais jamais je n’arriverai à rester indifférente face à ces drames, car la mort reste toujours violente, soudaine, brutale… Elle est une réalité opaque à laquelle personne n’est préparé…

La période de deuil et les convenances respectées, tu épouses Louise THOUMASEAU qui te donne 2 enfants, 2 petites filles, Louise et Marie. La venue au monde de cette dernière se fait une fois encore dans la douleur. La douleur de perdre ta compagne le même jour. Ce 9 janvier 1693, Louise est inhumée dans le cimetière de Saint Aubin le Cloud rejointe 5 mois plus tard par ta petite Marie. La mort, encore elle… Un nouveau deuil qui réactive sans doute le précédent. Faut-il avoir des ressources pour surmonter ces épreuves, pour ne pas céder la place à la souffrance voire à la culpabilité … Tes tâches quotidiennes, tes enfants en bas âge, la lutte de tous les instants pour surmonter les terribles années 1693 et 1694 pendant lesquelles le froid puis la famine due aux mauvaises récoltes tueront dans le royaume de France entre 1.6 et 2 millions de personnes, ne te permettent pas de rester abattu.

Et puis ton chemin croise celui de Jacquette MERIGOT. J’aimerai tellement en savoir davantage …  Où l’as tu rencontrée ? Lors d’une veillée ? Lors de travaux dans les champs ? À la foire ou à la messe ? Ou est-ce un mariage arrangé entre familles ? Je l’ignore mais toujours est-il que tu l’épouses le 10 janvier 1695 au village du Tallud.

Jacquette mettra au monde 6 enfants dont la dernière, une petite Jacquette nait le 28 janvier 1709 à Saint Aubin le Cloud. Et toi, tu décèdes 45 jours plus tard…

Finalement ces quelques traces laissées derrière toi ne m’en apprennent pas beaucoup sur la personne que tu es et le chemin qui me mène à toi reste bien étroit … Jusqu’à ton acte de sépulture :

AD 79 – St Aubin Le Cloud-BMS 1700/1716 – 1 MI EC 139 R 415 – vue 155

« le quatorze mars 1709 a été inhumé dans leglise de ceans andré Robin sindicq perpétuel décédé hier aux Granges à l’age de    en présence de son beaupère »

Dans aucun autre acte où tu es cité je n’ai vu mentionné ton métier ou du moins ta fonction. Fallait-il qu’elle soit importante ou du moins reconnue pour que tu sois ainsi inhumé dans l’église. Un syndic, j’ignore ce que cela peut être …

J’apprends ainsi que dans les villages, les syndics agissent comme mandataire pour soutenir les habitants et sont nommés chaque année par la communauté lorsque celle-ci se trouve avoir des intérêts distincts de ceux du Seigneur local ou même distincts de ceux de la « Fabrique » ou du curé. Ces syndics sont habituellement bien enracinés, socialement et culturellement dans leur collectivité et porte le « titre » de syndic annuel ou bien syndic de la paroisse. Ses tâches sont nombreuses : il peut convoquer l’assemblée de la communauté et veiller aux réunions; il gère les affaires fiscales de ladite communauté; il est chargé des fonctions relatives à la levée des impôts, à l’adjudication et la réparation des églises et des presbytères; Il s’occupe aussi du recrutement de la milice, en gère les troupes dans le village, il préside aux affaires légales internes à la communauté etc … Il n’est pas un magistrat et n’a pas les attributions ni les signes distinctifs des maires ou des échevins et son pouvoir dépend uniquement de la volonté des habitants et peut être limité ou révoqué par eux.

Mais les choses diffèrent un peu à la fin du XVIIè. L’administration royale essaie par tous les moyens de soustraire ses sujets au pouvoir du Seigneur local pour le soumettre à celui de l’État et pour se faire, limite l’influence des syndics en leur demandant d’informer les intendants de tous les évènements et en leur interdisant toute action sans avoir reçu au préalable l’autorisation de ces derniers, lesquels s’immisçent  de plus en plus dans les affaires du village.

Et dès le début du XVIIIè, le 20 mars 1702 précisément , la Monarchie crée la charge de « syndic perpétuel » qui doit non  seulement représenter la communauté des habitants mais aussi dorénavant l’administration royale.

Cliquer sur l’image pour consulter l’Édit de mars 1702

Cette charge est supprimée pendant la Régence (1717) mais le rôle de la Monarchie dans le choix du syndic est désormais établi et peu à peu au fil des années, les intendants s’arrogent le droit de les confirmer, de prendre le rôle de la communauté des habitants en les nommant ou en les révoquant lui-même.

Je sais donc maintenant, André, que ta charge de syndic perpétuel t’est donnée en 1702 et que tu sais lire et écrire puisque c’est une condition fixée par le roi pour accéder à ladite charge. Je découvre aussi  sans doute la raison pour laquelle tu es inhumé dans l’église :  » … auront les honneurs dans les Eglises après les seigneurs er leurs officiers de justice, & pourront faire placer dans les nefs desdites Eglises, des bancs pour leurs femmes & enfans aux lieux les plus convenables… «  Mais étais-tu, avant l’Édit Royal du 2 mars, déjà le représentant des habitants de St Aubin le Cloud ? Je l’ignore et il me faudra trouver d’autres « traces » ou un autre chemin pour en connaitre davantage sur toi.

J’aime seulement penser que tu as su garder jusqu’à la fin l’envie, le désir et la volonté de partager les soucis et les visions des habitants de ton village, de leur venir en aide, de les soutenir…

 

Sources :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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