Nat, tu es une fouineuse et une curieuse ! Que cherches-tu ? Que veux tu savoir ? Tu veux connaître toute ma vie, c’est ça ? Elle a été longue, tu sais, longue et parsemée de tellement d’évènements… Mais je sais que tu les as déjà découverts pour la plupart.

Tout d’abord, elle est intimement liée à une petite commune, Largeasse (79) située à environ 7kms au sud-est de Moncoutant, cernée par la Sèvre et la Louine et composée de grandes prairies, assez peu fertiles ainsi que de nombreux bois et taillis.

Carte de Cassini - Géoportail
Carte de Cassini – Géoportail

J’y suis né le 1er avril 1795 et mes parents, Jacques Alexis CHAUSSERAY et Marie Jeanne DAUNIS, m’ont donné ce jour-là les prénoms de Jacques Pierre. Mon père, tout d’abord bordier puis cabaretier, m’a appris tout ce que je dois savoir pour travailler la terre et sans surprise j’exercerai ce métier de cultivateur toute ma vie.

En 1817, je me marie avec Marie Louise Véronique CHAUSSERAY, fille de Pierre et Jeanne TALBOT de la commune de la chapelle Saint Laurent (79) et nous avons hâte de bâtir ensemble une grande famille. Et enfin, fin janvier 1820, ce rêve, notre rêve va enfin se réaliser…

Le 27, notre bébé vient au monde mais il ne respire pas. Cet enfant sans nom, présence éphémère,  je l’ai perdu avant même de le rencontrer… Et comme si cette douleur n’était pas suffisante, mon épouse ne va pas bien. Je me sens tellement impuissant. Que faire ? Sinon attendre. Attendre que la nature veuille bien, d’elle même, mettre fin aux violentes douleurs qui l’assaillent. Sa mort le 31 du même mois met enfin un terme à ces jours de souffrance et de désespoir. J’ai tout perdu d’un coup. La femme que je chérissais, l’enfant que j’espérais et je me retrouve brutalement vide de mes rêves et de mes projets.

Après le choc, le déni, la colère vient l’acceptation. La solitude pèse, il me faut maintenant panser cette blessure et petit à petit  je retrouve une certaine joie de vivre. Je réinvestis ma vie en quelque sorte, j’ai de nouveaux projets et je trouve à nouveau le bonheur.

Le 13 février 1821, à Largeasse toujours, je me marie avec Marie Magdeleine DUJOUR, fille de Jean et Louise MIGEON et avec elle, mes rêves de fonder une grande famille vont enfin se réaliser. Nous aurons au fil des ans 16 enfants; Etienne (1823), Marie (1824), Marie Marguerite (1825), Marie et Emilie (1827), Marie Désirée (1830), Marie Prudence (1832), Jean Baptiste Auguste (1833), Marie Désirée (1834), Baptiste (1835), Justine Adelaïde (1837), Louise Désirée (1839), Aimé (1840), Zacharie et Alexandre (1841) et Hortense Anastasie (1844).

En découvrant ces nombreuses naissances, tu as dû te dire que le bonheur était enfin bien présent dans ma vie … Non. Comme dans tant d’autres familles certains sont partis très tôt. 8 sont morts avant leur 3 ans…

La perte d’un enfant va contre le sens de la vie et la douleur a été identique pour chacun d’eux. Seulement ma femme, mes autres enfants m’ont obligé à rester fort et maître de moi. Je ne les ai pas oublié bien sûr et c’est d’ailleurs fondamentalement impossible mais la vie prend toujours le dessus. La mienne, suspendue au temps et aux récoltes qui en résultent ne me laisse guère le choix de m’apitoyer.

Sais-tu d’ailleurs que pour la perte d’un enfant, les parents ne sont pas astreints de porter le deuil ? Que pour un conjoint la durée établie par les mœurs est de un an ? Et qu’en Poitou le port de la barbe et des cheveux longs pour les hommes en deuil étaient de mise ?

Ce deuil, je vais le porter à nouveau … Ma femme Marie Magdeleine décède le 16 mars 1847 peut être fatiguée par ses nombreuses grossesses et par sa participation quotidienne aux travaux des champs … Je me retrouve donc seul avec mes enfants dont la plus jeune n’a pas encore 3 ans. Mes filles Marie Désirée et Justine (que tout le monde appelle Augustine) vont bien aider à s’occuper de leurs jeunes frères et sœurs jusqu’à mon mariage un an après avec Marie Jeanne TALBOT, fille de pierre et de Marie MORILLAUD  qui m’offrira le bonheur d’avoir un autre garçon Jacques Alexandre (1854). homme-et-enfant

Ma vie va s’écouler par la suite paisiblement entre le labeur à la ferme, les enfants, la famille et les amis … Je vais avoir l’immense joie d’assister à tous les mariages de mes enfants et de connaître nombre de mes petits enfants.  La fatigue des ans arrive et je vais m’installer au Bas bourg de Largeasse avec ma femme, juste à côté de la ferme de mon fils Auguste. Nous y menons une vie tranquille pendant plusieurs années et j’y décède le 8 mars 1886 à l’âge de 91 ans.

Tu vois, ma vie a été celle d’un homme simple et tellement semblable à nombre d’autres …

Pourquoi t’ai-je raconter tout cela ? Finalement je me doute de ce que tu vas en faire … Tu vas écrire un article sur la vie ordinaire de quelqu’un d’ordinaire. Et je sais bien que tu te refuses, Nat, à retracer le parcours de tes ancêtres avec un simple alignement de dates, que tu aimes raconter des histoires, leurs histoires et que tu souhaites plus que tout, ainsi, leur redonner vie …

 

« Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile, c’est doux, la nuit, de regarder le ciel. »  ❤

(Le Petit Prince – Antoine de St Exupéry)

Sources :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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