Une de mes descendantes, l’auteure de ce blog, clame haut et fort, et « à tout va », que la plupart de ses ancêtres sont laboureurs, bordiers, métayers, voire meuniers … Et moi ? M’aurait-elle oublié ?…

Je m’appelle Antoine CHAMARE et je suis sabotier.

Fils de Jean et de Françoise NOIRAUD, je suis né le 24 octobre 1701 à La Chapelle Saint Laurent (79), et le 5  août 1732 je me marie avec Renée GENDRINEAU avec qui je vais avoir 9 enfants. Je décèderai le 25 mai 1761 à Largeasse (79), mais … là n’est pas le sujet…

Mon père étant sergier, rien ne me prédestine dans cette voie professionnelle. Et pourtant … Enfant je n’aimais que flâner dans les bois environnants et c’est là que j’ai appris à aimer les arbres, et en les découvrant tous si majestueux et mystérieux à la fois, que j’ai commencé à m’initier aux mœurs de la forêt.  Et pour bien exercer ce métier, il faut sentir le bois et le comprendre.

Je sais déjà que ce choix ne m’apportera pas la richesse mais il présente, malgré tout quelques avantages. Outre le fait de vivre dans ce milieu que j’aime tant, c’est un travail permanent qui s’effectue au chaud, à l’abri des intempéries et qui me procure un revenu faible, certes, mais régulier. C’est un métier physique et solitaire, et ma femme a l’habitude de dire qu’un sabotier est « une brute aux mains de velours » ! …

La difficulté et le coût du transport du bois oblige le sabotier à vivre et travailler à proximité d’une région boisée, ce qui est le plutôt le cas à Largeasse, ville où je m’installe après mon mariage.

Ma première tâche est d’acheter le bois « sur pied », en choisissant les troncs les plus droits. Il est ensuite abattu, charrié à mes frais et par la suite entreposé à côté de la maison. Souvent je choisis des bouleaux, parfois des ormes ou des hêtres, rarement du noyer celui-ci étant réservé pour des sabots de « luxe », mais jamais de chêne ou de frêne car trop lourds. L’abbatage se fait en période hivernale, lorsque la sève est basse, le bois « endormi ». Il faut prendre son temps pour choisir, avoir un bon coup d’œil et une certaine expérience, la hauteur et le diamètre de l’arbre permettant de déterminer la diversité des sabots et les différentes pointures que je vais pouvoir faire.

Une fois abattu et débarrassé de toutes ses branches, le tronc de l’arbre devient une « grume » mais il ne faut surtout pas enlever l’écorce, il pourrait sécher trop vite et donc se fendre. Il faut que vous sachiez que pour être travaillé convenablement le bois doit être demi-sec.

Je débite ensuite la grume en « tronces », puis je les fends en « quartiers » dans lesquels je taille les sabots

Le quartier
Le quartier

dans le sens des fibres du bois. A ce stade il m’est arrivé trop souvent d’avoir la mauvaise surprise de trouver des nœuds ou des fentes dues au gel, ce qui fait autant de sabots en moins. Les grands quartiers servent pour les sabots « couverts » des hommes, les petits pour les sabots largement dégagés sur le dessus pour les femmes, et les encore plus petits pour les enfants. Le choix du quartier selon le sabot à faire est important, car il faut estimer le « retrait » du bois, c’est à dire la diminution du volume par évaporation de l’eau qu’il contient lors des séchages.

Une fois débarrassé de son écorce, je dégrossis le quartier à la hache pour arrondir les parties anguleuses et faire naître les flancs du sabot. Cette hache a un manche très court et se termine par une sorte de boule qui sert à contrebalancer le poids du tranchant.

La hache
La hache

Ensuite je me sers de l’herminette pour dégager le talon et du paroir pour donner la forme extérieure du sabot.

Puis c’est la creuse, la deuxième étape, peut-être la plus délicate, celle qui réclame le plus de patience et de finesse.

La creuse
La creuse

Si vous saviez le nombre de sabots percés qui ont fini dans le feu à mes débuts ! Cette opération consiste à vider l’intérieur du sabot. Pour se faire, je m’installe sur un tabouret avec un petit billot bien calé entre mes jambes et je commence à creuser le bois avec une « tarière », une sorte de vrille d’environ 40cm, et je

Les cuillers
Les cuillers

termine à la cuiller, un outil tranchant existant en plusieurs gabarits. Ensuite, avec le « boutoir » et la « rouanne » (ou ruine) qui me permettent d’accéder au fond du sabot, j’adoucie l’intérieur afin qu’il ne reste aucune rugosité pouvant blesser le pied.

Une fois cette étape terminée, il faut faire sécher le sabot en l’exposant environ 6 ou 7 jours à une épaisse fumée d’un feu de bois vert. Là ma femme et mes enfants interviennent et participent au travail en allant ramasser des fagots et en entretenant le feu, qui doit être sans flamme et en combustion lente. Le bois des sabots sue et la chaleur élimine les parasites éventuels.

Le paroir
Le paroir

Lorsque le sabot est bien sec, je procède ensuite à la pare, ou finition, avec un racloir qui fait disparaître les coups et imperfections pour obtenir une surface bien lisse. Parfois, et selon la demande, j’accroche le sabot au dessus de la cheminée, à environ 1 mètre du foyer et je fais bruler des morceaux de cuir. La combustion dégage une fumée brune qui colore le sabot.

Par la suite, je livre directement mes sabots auprès des commanditaires ou je me rends sur les marchés ou foires environnantes.

J’ai été un peu prolixe dans mes explications, mais vous l’aurez compris, j’aime mon métier … Et j’ose espérer désormais que ma descendante, Nat, annoncera que ses ancêtres étaient laboureurs, bordiers, métayers et … sabotier !

 

Sources :

Métiers d’autrefois : http://metiers.free.fr

Le métier de sabotier : http://pignard-lachaize.fr

Généalogie.com : http://www.genealogie.com

http://www.fredericback.com

 

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