Amailloux … J’aime cette petite ville peut-être plus qu’aucune autre. Je l’aime parce qu’elle est le berceau d’une grande partie de ma famille et que nombre de mes ancêtres y ont vécu, y reposent, et tous je le pense, veillent sur mon père inhumé à leurs côtés. Ce village situé dans les Deux-Sèvres à mi-chemin entre Bressuire et Parthenay est lié intimement à ma vie et à mon histoire familiale…

Amailloux (79)
Amailloux (79)

En pensant à mes aïeux cette nuit, j’ai fait un rêve …

Je suis près d’eux, près de ces Amaliens en ces premiers jours de l’été 1793, année pendant laquelle la vie est moins paisible que de coutume. Je les vois tous très préoccupés, remplis d’amertume. Je les entends parler de ces denrées indispensables toujours plus chères, du pain qui devient de plus en plus rare, de la misère qui s’installe un peu partout dans les campagnes.

Je peux prendre part à leurs conversations, je suis une des leurs …

La révolte Vendéenne qui touche toute la région, et cause de tous ces tracas, devient un sujet récurrent dans toutes les discussions : c’est le fils du voisin, conscrit en mars dernier qui a refusé de partir et qui est passé du côté de la rébellion active, c’est le neveu d’un tel, le fils du métayer et nombre d’autres encore.

Je les vois parfois traverser le village ces soldats-paysans, ces « blancs » comme on dit, avec leurs vêtements de tous les jours, grand chapeau, large ceinture, veste de drap et sabots. L’inquiétude, celle de leur mère, de leur famille est palpable : « Que va t’il advenir d’eux ? » . Ils n’ont aucune instruction militaire, hier paysans, puis armés de fourches, de piques et de faux et aujourd’hui avec fusils et canons subtilisés à l’ennemi, l’Armée Républicaine.

Chouan - Source AD 85
Chouan – Source AD 85

Je découvre ressentir et partager cette angoisse, cette obsession de savoir ce qu’ils deviennent, où ils se trouvent. J’ai entendu dire par les villageois qu’ils ont investi Parthenay, il y a quelques jours, ces 14 et 23 juin, à peine 12 km d’ici … Mais qu’ont-ils fait ? Leur chef, le marquis de LESCURE n’a pas, paraît-il, réussi à y établir son comité provisoire, et ils ont pillé la ville et ses habitants. Je ne peux y croire, et pourtant …

Ce dimanche, une agitation inhabituelle secoue le village, les voilà qui arrivent ! 700 hommes et une vingtaine de canons se répartissent dans le bourg et dans la cour du Haut Château, et parmi eux, ceux dont on entend si souvent parler, les grands chefs Vendéens, Messieurs de BEAUVALLIER, de BAUGÉ, le chevallier de BEAUREPAIRE, de RICHETEAU mais aussi le marquis de LESCURE blessé au bras.

Source Wikipedia
Source Wikipedia

Je les entends expliquer qu’ils ont été délogés de Parthenay par WESTERMANN et ses troupes, un général républicain décrit comme étant expéditif et sans pitié, qu’ils ont battu en retraite et je ne peux éviter de penser que le pire va sans doute arriver.

Le lendemain, lundi 1er juillet 1793, alors que nous vaquons tous à nos occupations, un cri, voire un hurlement résonne dans le bourg, WESTERMANN arrive. Oh, nous nous en doutions un peu, et d’ailleurs Mr de LESCURE aussi puisqu’il avait déjà quitté le village avec le plus gros de ses troupes …

Mais je ne sais que faire, rester ? Fuir ?

Je suis les autres, entrainée par ce mouvement de survie, et je me cache moi aussi, dans le bois au nord ouest de la ville. Cette région c’est la nôtre, ce bocage, ces labyrinthes de haies, ces chemins, nous les connaissons mais pas eux, pas ces diables bleus. Nous serons protégés … Mais nous allons payer cher l’asile offert à nos voisins et amis, à ces soldats paysans comme nous. Les républicains se rapprochent et il faudra tout le courage des hommes présents pour nous défendre vaillamment. J’ai comme le sentiment que le temps s’est arrêté, que ce cauchemar dure depuis des heures et je n’ose à peine respirer, tapie dans ces fourrés avec les autres femmes et les enfants.

Le silence. Les Bleus sont partis …

Abattus et assommés par la violence que nous venons de vivre, nous nous dirigeons vers le bourg. Le paysage est défiguré … Là, au milieu des autres, je ne peux détacher mon regard de cette colonne de fumée, de ce désastre. Ils nous ont tout pris, pillé nos maisons, tout détruit et ont mis le feu au village. Je ne vois plus que l’Eglise, le presbytère et un seul logis sauvés des flammes par les quelques hommes courageux restés à proximité.

Source : 100 ans de vie à Amailloux
Source : 100 ans de vie à Amailloux

Au chagrin d’avoir perdu des proches, s’ajoute la tristesse de ne plus rien posséder. L’horreur a frappé mon village bien aimé. Mon cœur pleure et mes larmes sont amères. Ces maisons qui abritaient des destins, des hommes, des femmes, des enfants, des histoires, des vies sont à jamais disparues.

On apprend aussitôt que les troupes républicaines ont capturé des prisonniers. Louis FRADIN, notre maire, est accusé d’avoir aider les Blancs. Il sera jugé à Niort, condamné à mort le 17 novembre et guillotiné dès le lendemain place de la Brèche. Ainsi qu’un sabotier Gabriel GATARD, un maçon Antoine IMBERT, un métayer Jean GERMONT, tous accusés d’avoir ravitaillé les troupes Vendéennes. D’autres n’auront pas le temps d’être jugés : Pierre DUPUY, François FRADIN, Jean HERAUD et Pierre REVEILLAUD mourront en prison faute d’hygiène et de nourriture.

Amailloux, 1er village à être incendié et détruit lors de la Guerre de Vendée restera meurtri de longues années. D’autres par la suite subiront le même sort…

 Source - http://vendee-1794.e-monsite.com/
Général WESTERMANN – Source – http://vendee-1794.e-monsite.com/

Je ne veux pas prendre partie pour une cause ou une autre. Ce que je sais c’est que ces hommes, ces femmes, ces Amaliens ont dû faire face à la cruauté d’un homme, surnommé par la suite le « boucher des Vendéens ». Cet homme, WESTERMANN qui écrira en décembre 1793 :

« Il n’y a plus de Vendée. Elle est morte sous notre sabre libre avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer (…) J’ai écrasé les enfants sous les pieds de nos chevaux, massacrés les femmes qui au moins, celles-là, n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé … Nous ne faisons plus de prisonniers car il faudrait leur donner le pain de la Liberté, et la pitié n’est pas Révolutionnaire. »

J’ai rêvé cette nuit … et aujourd’hui plus que jamais, je pense à eux, à mes ancêtres et leurs proches, à toutes ces familles meurtries.

Je pense à vous tous … et à toi papa.

 

Sources :

 

 

 

 

 

 

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